MAC VAL GARDEN: As The Roots Spoke, The Cracks Deepen / KÖKLER KONUŞTUKÇA ÇATLAKLAR DERİNLEŞİR 2019


COMME LES RACINES PARLENT, LES FISSURES SE CREUSENT




GÖZDE İLKİN

MAC/VAL VAL-DE MARNE CONTEMPORARY ART MUSEUM 

2019 


The attitude of plants can become a mirror to our way of life. The way we treat land or controlled the ground as a mirror of settling somewhere and relationships. Even though we hear, smell and speak in different ways, we are reflections of each other as human-animal and plant. In 2019 for the one-month residency program, I lived and work in Mac Val museum Vitry-Sur-Sein, Paris. 
Vity is a region where people from different cultures, languages and geographies, form to community gardens and networks in Paris.  The memory of the gardens  change with the gardeners and the people who joined the garden process. With reference to plants grown in Community Gardens, I mapped the memory of the garden with the narratives of the people who are working in the garden in Vitry- Sur-Sein, Paris.























Installation view: As the roots spoke, the cracks deepen,   2019, MAC/VAL Museum


ENTRE LES FISSURES

Trouver dans un jardin le sentiment d’appartenance, l’impression d’être chez soi :
Au gré de mes voyages, je rapporte des échantillons de tissu et des spécimens de plantes. J’y découvre des images et des histoires ayant trait aux relations sociales et aux modes de vie collective. Je m’inspire du caractère et des stratégies de survie des plantes qui s’organisent spontanément selon leur forme naturelle, des indications qu’elles nous donnent sur les conditions géographiques de l’endroit où elles sont implantées. Chaque herbe sauvage médicinale poussant comme du chiendent peut nous renseigner sur la vie communautaire et les processus créatifs. Quant aux tissus que je collecte, en tant qu’objets de mémoire chargés de nos émotions, de nos façons d’investir la maison, la géographie, la langue dans lesquelles nous vivons, ils constituent le socle de ma production.
Pendant la période où j’étais en résidence au musée MAC VAL à Vitry-Sur-Seine, j’ai découvert par le biais du langage des plantes et des jardiniers, les formes et les voix de la durabilité. En effet, j’ai eu la chance de faire la connaissance de personnes qui cultivaient leur jardin, et autant les plantes que leurs souvenirs. J’ai observé des scènes de jardin, comme lieu de partage et d’échange – idées et repas –, et ces scènes contenaient toutes les formes et les émotions de la vie en collectivité. Que ce soit dans les boutiques Emmaüs en banlieue parisienne ou auprès des personnes avec qui je m’entretenais, j’ai collecté des tissus usagés de la vie domestique. Durant le mois où j’y résidais, le musée Mac Val et son jardin sont devenus mon chez-moi et un terrain de découverte qui rassemblait tous les fragments que je humais, que je collectais.
La façon dont des existences issues de diverses cultures cohabitent dans un jardin, dont elles font le lien entre méthodes de travail et de production et la terre, les plantes, les racines,  tout cela m’a orientée vers l’idée d’un jardin polyphonique où chantent des accents. Les plantes cueillies dans les jardins que j’ai visités m’ont servi à teinter les papiers et les tissus de récupération. Sur les taches qui auréolent les tissus colorés par ces teintures naturelles, j’ai créé les formes que m’ont inspirées les plantes et toutes les personnes rencontrées. Chaque tissu et chaque plante s’est transformé en un lieu de mémoire représentant les vies attachées à cet endroit. L’installation composée d’œuvres sur tissus, que j’ai travaillées avec des techniques telles que le patchwork, la couture et la peinture, ainsi que le livret constitué par les notes sur le processus ont pris corps sous le titre « Comme les racines parlent, les fissures se creusent ».

Un petit interstice pour germer :
Trottoir, pierre… de chaque fissure au sol émerge le murmure d’une vie. L’un des abris naturels que le sol offre aux êtres vivants, ce sont les fissures. Petites ou grandes. Mais pour se cacher, pour construire une nouvelle vie et pour se métaphorser, c’est le repaire idéal. Comme lorsqu’on essaie de se glisser dans les recoins d’une langue aux inflexions différentes chaque fois qu’on est étranger quelque part. De même, chaque vie qui germe dans les fissures débouche, par ses racines, sur un lieu de mémoire commun.
Les fissures que j’ai croisées sur le sol en déambulant dans le jardin du musée MAC VAL ont généré  la forme principale de la mémoire que j’ai voulu élaborer avec les plantes et les tissus que j’ai collectés. Les racines des arbres qui fissurent le chemin du jardin possèdent une mémoire très ancienne. Elles forment un dense maillage souterrain et ressortent à la surface à des endroits inattendus.
Le jardinier Michel avait à un moment divisé le jardin du Mac Val en parcelles enrichies de terres différentes pour les plantes ayant du mal à pousser. Une géographie où se côtoyaient des plantes issues d’espèces et de vies diverses s’était ainsi constituée. Le jardin présente des similitudes avec la structure et le caractère du musée. Le musée, avec son fonctionnement en réseau de relations semblable aux racines qui s’entremêlent en-dessous du bâtiment, offre un lieu de rencontres ouvert sur la vie et la diversité de la région qui l’héberge .
Même déviées, les racines trouvent leur chemin :
J’ai découvert des jardins qui amenuisaient les distances, qui faisaient se rapprocher des semences sans doute vouées à ne jamais se croiser. L’Association Colonel Fabien (NOM EXACT ????) est l’un de ces jardins partagés qui visent à favoriser la diversité des langues, des cultures et des traditions par le jardinage.  
Les habitants de la cité travaillent en commun à la gestion et l’organisation de ce jardin qui prospère entre de grands immeubles. En poussant ici, des semences porteuses de l’atmosphère, du sentiment de leur lieu d’origine, peuvent voir leur forme et leur caractère se modifier. Comme le souligne le jardinier Camara “Certaines graines venues d’Afrique ne peuvent pas vivre ici mais certaines s’adaptent et donnent du fruit ». Même si on change leur lieu d’implantation, elles trouvent un moyen de perdurer.

Chaque racine occupe autant d’espace  qu’elle a en elle de vacuité offrant de place à l’autre :
A Champigny-Sur-Seine : une terre divisée en 9 parcelles individuelles, un jardin multilingue où poussent des espèces presque identiques. Chacun de ces jardins alignés côte à côte prend forme sous la main de jardiniers au vécu et aux méthodes différentes. Sur l’invitation de Luc, nous avons cheminé sur le thème des racines  très solides, un peu réservées, puissantes et mêlées qui s’enchevêtrent dans cet espace restreint. Avec Luc, Patrick, Juan et  Lakhdar, nous avons parlé des jardins qu’ils ensemencent de leur vie. Le jardin pour certains est un refuge, une maison, pour d’autres, un terrain où s’enrichissent les relations amicales, pour d’autres encore, une mémoire qui englobe la vie dans sa totalité.
Chaque jardin est à l’image de celui qui le cultive, « c’est un espace très personnel », comme le précise Luc. Tous les jardiniers, à la fois en tant qu’hôtes et qu’invités, font honneur aux plantes et se réservent le meilleur accueil. Ce jardin crée un terrain commun de conversation avec les voisins venant de l’extérieur. Il mène ainsi à la notion de maison, il se transforme en l’idée d’un  espace de partage personnel et collectif. Les relations et les racines qui se nouent sur et sous terre fusionnent et se nourrissent mutuellement en s’engouffrant dans les interstices.
Le vent provenait d’ailleurs et nous empêchait de pencher dans la même direction :
Le système d’abri que le jardinier Patrick a construit pour ses tomates et le fait qu’il les sème plus tôt que le moment prévu a modifié leur comportement. Les tomates dont le calendrier et le lieu d’implantation ont été modifiés ont étonnamment donné de beaux fruits. Quand les nœuds que forment nos habitudes et nos schémas calcifiés se brisent, quand nous permettons aux changements qui nous angoissent de se concrétiser, cela mène à une ouverture de vie insoupçonnée. La solution peut parfois venir d’un moment, d’un endroit qui ne nous est pas familier. Vient un instant où ces tomates donnent l’impression à quelqu’un de se sentir chez lui dans son jardin, que sa maison devient lui. De même que la terre, la roche et les pierres peuvent se fendre, il y a des fissures que la vie, les notions d’abri et de nourriture peuvent raviver chez chaque être vivant. Les racines entrelacées et étrangères les unes aux autres ont des processus de désagrégation qu’elles produisent ensemble.

Il existe des graines en sécurité dans la végétation qu’elles connaissent, inquiètes dans celle qu’elles ignorent, qui continuent à se frayer un chemin dans chaque fissure du monde et qui, heureusement, s’éparpillent aux quatre vents. À travers ces graines ayant changé d’espace-temps, pouvons-nous apprendre à nous sentir en confiance chez les autres, dans une autre langue ? Pouvons-nous, grâce à chacune des plantes qui surgit sur notre route et nous suit, redécouvrir qu’il est possible de faire de chaque endroit notre demeure ?

 Translated by Valérie Gay-Aksoy





Studio View: Residency in MAC/VAL Museum, June-July 2019





MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne

Place de la Libération
CS10022 
94407 Vitry-sur-Seine cedex

http://www.macval.fr